Farines animales bientôt de retour, interview du secrétaire général de l'ASEF

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Après l’annonce du retour des farines animales, les associations de consommateurs s’insurgent. Le Docteur Patrice Halimi, Secrétaire Général de l’ASEF à répondu au interrogations de meltyFood.

Quelques jours après la découverte de viande de cheval dans des lots de lasagnes purs bœufs, la commission européenne vient d’autoriser les farines animales pour nourrir les poissons d’élevage et à partir de 2014 pour les porcs et volailles. Une décision qui est loin de faire l’unanimité. Le simple mot farine animale réveille le spectre du désastre sanitaire de la vache folle en 1996, à la suite duquel les farines ont été interdites. Oui mais voilà, le maintien de l’interdiction des farines animales est aujourd’hui remis en question par des questionnements économiques, gustatifs et écologiques. Pour Bruxelles, le retour des protéines animales transformées ( PAT ) limiterait les dégâts de la pêche pour produire de la farine de poisson destinée à nourrir d’autres poissons. Il faut en effet sacrifier 5 à 7 kilos de poisson sauvage pour produire 1 kilo de poisson d’élevage. Une aberration.

Farines animales bientôt de retour, interview du secrétaire général de l'ASEF

Le gouvernement s’est pourtant clairement positionné en porte-à-faux de cette mesure. Les associations de consommateurs tiennent un discours similaire. Pour le docteur Patrice Halimi, Secrétaire Général de l’Association Santé Environnement France ( ASEF ), ce retour des farines animales est un danger. « Après ce qui s’est passé avec les vaches, nous pourrions être plus méfiants… Parfois, j’ai l’impression que nous jouons à l’apprenti sorcier. Autrefois, on ne savait pas faire ce qu’on imaginait. Aujourd’hui, on n’imagine pas les conséquences de ce qu’on a fait. » Si le scandale de la viande de cheval révélait une escroquerie liée à de graves failles dans le système de traçabilité des aliments qui se retrouvent dans notre assiette, les PAT concernent un autre problème. « Cela revient à affirmer aux producteurs et aux consommateurs que ces substances sont sans risques » poursuit Mr Halimi.

En effet, Bruxelles avance que les PAT ne seraient fabriquées qu'à partir de produits d'abattage propres à la consommation humaine et prélevés sur des animaux sains, quand les farines ont longtemps utilisé toutes sortes de sous-produits de carcasses. La méfiance est pourtant de rigueur. « Nous sommes surs que des risques existent. L’histoire l’a prouvé. La question est de savoir quelle valeur nous donnons à la santé des gens. Le « toujours moins cher » finit souvent par nous faire aboutir à un produit médiocre, même s’il est peu cher. Faut-il consommer toujours plus sans se préoccuper de la qualité ? Ou consommer moins, mais mieux ? Sur le strict plan sanitaire, je conseille de choisir la seconde option".

La ministre de l’écologie Delphine Bato a quant à elle proposé un label « sans farines animales ». « Le problème n’est pas le label « sans farines animales », le problème c’est l’arrivée sur le marché de poissons élevés à partir de farines animales. Je pense qu’il est important que le consommateur puisse faire la différence. C’est exactement comme dans le cas du « Bio ». Les carottes « Bio » sont en fait des carottes normales, si j’ose dire. Mais le label vient la différencier de la carotte qui a poussé avec des engrais et des pesticides. Il en sera de même pour les poissons. » De son coté, José Bové a déjà appelé à un possible boycott des poissons d’élevages à partir du 1er juin. L'agroalimentaire français doit il avoir recours aux farines animales ?

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