La loi Evin remise en cause ?

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Un amendement à la loi Macron va peut-être remettre en cause l'encadrement juridique des publicités pour boissons alcoolisées, assuré depuis 25 ans par la loi Evin.

"L'abus d'alcool est dangereux pour la santé, consommez avec modération", toutes les marques de boissons alcoolisées ont l'obligation d'afficher cette mention dans leurs publicités depuis l'adoption de la loi Evin en 1991. Pourtant, un simple amendement à la loi Macron, déjà adopté par le Sénat mais qui revient sur la table des députés en ce lundi 8 juin 2015, va peut-être remettre en cause l'encadrement des publicités. En effet, l'ancien ministre de la santé, Claude Evin, explique dans une interview pour le journal Le Parisien que le texte proposé par le sénateur Gérard César vise à faire une distinction entre information et publicité pour alcool. Celui-ci partant du principe que la loi Evin a, plus qu'autre chose, été une "source d'insécurité juridique" pour les marques qu'une réelle mesure de protection des consommateurs, cet amendement va rajouter deux critères supplémentaires pour attaquer une publicité pour boissons alcoolisées en justice. Ainsi, s'il est définitivement adopté, les marques vont davantage pouvoir communiquer autour de leurs produits, sans risque de représailles juridiques derrière. Une source d'angoisse pour l'ex-ministre alors que la consommation d'alcool ne cesse de grimper chez les jeunes, comme évoqué dans la nouvelle étude de l'Inpes résumée sur meltyFood. "Le marché de la publicité pour l'alcool est énorme, notamment pour les bières et les alcools forts […] Même si je ne suis pas contre une consommation modérée (y compris à titre personnel…), il ne faut pas permettre à la publicité de banaliser un produit dangereux" déclare Claude Evin.

La loi Evin remise en cause ?

De son côté, l'actuelle ministre de la Santé Marisol Touraine a exprimé son "incompréhension" et sa "préoccupation" face à ce nouvel amendement. Alors que l'abus d'alcool fait toujours partie d'une des premières causes de mortalité en France, cela n'empêche pas les ménages d'en acheter. Les Français sont même les 3e plus gros consommateurs d'alcool au monde selon l'OCDE. Et même en ayant conscience des dangers d'une consommation excessive, ils ne considèrent pas les publicités pour alcool comme sources de problèmes. "La perception par l’opinion publique diffère, avec une image plus positive pour l’alcool. Surtout, les lobbys ne sont pas les mêmes" confirme Claude Evin. Pourtant, Gérard César affirme au contraire ne pas toucher à la loi Evin, seulement apporter une nuance afin que les marques ne soient pas attaquées à tout bout de champ. "Je ne fais que préciser certaines choses, pour qu'à l'avenir on puisse bien faire la différence entre communication et publicité sur l'alcool" précise le membre de l'ex-UMP au journal.